Programmation itérative

Le neurophysiologiste français Michel Jouvet (né en 1925) attribue au rêve une fonction de “programmation itérative” (du latin itus : chemin, itinéraire). Selon lui, l’apparition du sommeil paradoxal chez les animaux à sang chaud est à mettre en lien avec le fait que la division de leurs cellules nerveuses cesse assez vite après leur naissance (ce qui les différencie des poissons, amphibiens et reptiles, qui eux ne connaissent pas le sommeil paradoxal).

Jouvet pense en conséquence que la fonction du sommeil paradoxal est de maintenir la neurogénèse (formation des cellules nerveuses) sous une autre forme. Le sommeil paradoxal se doit selon lui d’assurer en continu, tout au long de l’existence, la reprogrammation génétique, et donc l’hérédité psychologique, qui est vitale pour deux raisons : d’abord parce qu’elle assure l’adaptation du système neuronal à l’environnement mais aussi parce qu’elle rend possible l’individuation, ce processus qui tend, en chacun de nous, à constituer un individu unique et distinct au sein de l’espèce.

Une fois né, l’être à sang chaud est aux prises avec le réel et cela perturbe le maintien de son hérédité psychologique. Le rêve doit donc empêcher ce dérèglement.
Chez l’humain, cette fonction se double d’une capacité à créer de nouveaux rapports, de “nouvelles structures de pensée qui permettront d’appréhender de nouveaux problèmes”.

Pour résumer en une formule simple, Jouvet pense que “le rêve est le gardien de notre individuation” : d’après lui, nos rêves assurent le processus de développement qui fait de nous un individu unique et distinct au sein de l’humanité.

Si on va plus loin, on peut penser que l’individuation, qui engendre des petites variations de comportements entre les membres d’une même espèce, préserve les possibilités d’adaptation de cette espèce à un environnement en mutation constante.