Physiologie du rêve

'La Science des Rêves' (film de Michel Gondry)

Ce n’est que depuis les années 1950 qu’on a une connaissance scientifique du fonctionnement physiologique du rêve.

Seuls les mammifères à sang chaud (à l’exception du dauphin), les oiseaux, la tortue (le seul reptile) et, sans doute, les céphalopodes « rêvent ».

 

CYCLES DE SOMMEIL & SOMMEIL PARADOXAL

Plusieurs cycles se succèdent durant le sommeil. On considère qu’un « cycle de sommeil » dure entre 1h30 et 2h et se subdivise comme suit :

1. d’abord, on rentre dans une phase d’endormissement.

L’activité du cerveau ralentit graduellement. L’individu expérimente des visions dites « hypnagogiques » (qui conduisent au sommeil) : visions dotées d’une certaine brillance, généralement statiques…

2. ensuite, on s’enfonce successivement dans une phase de sommeil lent léger et une phase de sommeil lent moyen, avant d’entrer dans une phase de sommeil lent profond. Durant le premier cycle de la nuit, cette dernière phase dure 1h. L’activité corticale devient très lente et ténue. Les rythmes cardiaque et respiratoire diminuent.

3. après cette phase de calme, quelque chose d’étonnant se passe : l’activité cérébrale s’accroît subitement, de même que l’activité cardiaque, la consommation d’oxygène, le niveau d’adrénaline – tous retrouvent un niveau proche de l’éveil (!). Pourtant, l’individu reste allongé. En réalité, une soudaine atonie musculaire est enclenchée, ce qui rend le corps totalement inerte à partir du tronc cérébral. L’émission de deux substances chimiques – la noradrénaline et la sérotonine – normalement haute durant l’éveil et le sommeil profond diminue considérablement (la seconde est émise pour bloquer les hallucinations – sa disparition rend la « fête » possible !).

Cette phase est celle du « sommeil paradoxal », nommée ainsi par Michel Jouvet dans les années 1960 pour qualifier cette phase de forte activité en plein cœur du sommeil. Les yeux « roulent » sous les paupières et sont animés de mouvements incessants, si bien que les Américains (Kleitmann, Dement et Aserinski) ont préféré parler de « Rapid Eyes Movement sleep » (REM sleep). Le lobe occipital du cerveau, qui régit l’activité visuelle, est fortement stimulé. Chez les hommes, cette phase est généralement accompagnée d’érection.

Le physiologiste français a notamment mené de nombreuses expériences sur le chat pour affiner ses observations et conclusions. Si le déclenchement de l’atonie musculaire est empêché, le chat parvenu à cette phase se dresse sur ses quatre pattes et se met à chasser une proie invisible. Même si on l’affame, le chat reste insensible à des souris ou de la nourriture qu’on lui présente lors de ses chasses paradoxales…

Le sommeil paradoxal est considéré comme le support neurophysiologique du « rêve ».

Lors du premier cycle de la nuit, cette phase ne dure que 10 minutes environ. Plus la nuit avance, plus la part de sommeil profond diminue au profit du sommeil paradoxal, si bien que cette phase peut atteindre 40 minutes lors des derniers cycles…

NB : Le scientifique américain David Foulkes a démontré dans les années 1950-60 qu’en réalité nous avons une activité mentale tout au long de la nuit. La particularité de celle expérimentée durant le sommeil paradoxal est sa richesse visuelle et sa tendance narrative et scénarisée.

4. à la suite de cette révolution silencieuse, l’individu connaît une courte de phase de micro-éveil, généralement précédée de « visions hypnopompiques ». A la suite de ce micro-éveil, un nouveau cycle reprend, à moins que l’individu ne se réveille pour de bon.

Une nuit de sommeil “ normale ” voit se succéder de 4 à 6 cycles. Avec une moyenne de 20 minutes de sommeil paradoxal par phase, on « rêve » donc environ 2h par nuit. Une personne de 60 ans a en général « rêvé » durant 5 ans.

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