Robert Desnos

Dans les esprits, Robert Desnos reste lié au Surréalisme, dont il a d’ailleurs été désigné “Prince” ou même “prophète”. Toutefois, son appartenance effective au mouvement ne correspond qu’à huit années de sa vie. Le vrai fil rouge de toute sa carrière est plus sûrement le rêve et toute sa production, qui n’est pas seulement poétique, prend racine dans cette activité nocturne, qu’il a explorée d’une façon tout à fait originale…

Desnos est né en juillet 1900 à Paris. Ses parents habitent le quartier populaire des Halles, qui fonde une partie de sa mythologie personnelle. Tout jeune, Desnos montre une inclination pour la géographie, le dessin et les lettres, et se prend de passion pour Victor Hugo, Baudelaire mais aussi la littérature populaire. De là vient sans doute une prédisposition chez lui pour le voyage imaginaire et pour la rêverie fantastique. Son père souhaite le voir embrasser une carrière commerciale mais, devenu adulte, Robert affirme un choix tout différent : celui de devenir poète.

Il est vite introduit auprès des milieux littéraires modernistes de son temps, à commencer par le mouvement Dada. Puis, de fil en aiguille, il rejoint l’aventure surréaliste naissante en 1921 et expérimente ainsi les procédés d’écriture automatique et les jeux comme le ‘cadavre exquis’. Avec Breton, Soupault, Eluard, Aragon, Péret et bien d’autres, il se lance dans la composition en sommeil hypnotique. Desnos s’y révèle particulièrement à l’aise et ses délires poétiques à la lisière du rêve impressionnent ses comparses. Breton dira même dans le Manifeste du Surréalisme de 1924 : “[Robert Desnos] parle surréaliste à volonté.”.

L’aventure dite “des sommeils” est néanmoins interrompue car elle occasionne autant de frayeurs que de découvertes… Mais Desnos poursuit sa contribution aux inventions et aux actions du groupe et compose de nombreux poèmes de type visionnaires, tout à la fois nourris d’un usage ludique du langage et d’une puissante capacité à l’évasion hors du réel, dans les contrées inexplorées du conte et du rêve…

En 1927, l’engagement du mouvement surréaliste dans le communisme ne fait pas l’unanimité et Desnos est de ceux qui voient la chose comme un reniement par rapport à l’idéal initial. La polémique enfle et, en 1929, la rupture est consommée : Desnos, devenu journaliste et critique de cinéma dès 1925, poursuit alors le fil de ses explorations en totale indépendance du mouvement.

Son premier recueil – Corps et biens – paraît en 1930, mais la décennie qui s’ouvre pour Desnos est riche d’une activité dont la poésie littéraire n’est pas l’unique composante. C’est d’abord le journalisme radio qui lui permet de développer des propositions tout à fait nouvelles et inventives : ainsi, il conçoit, avec Antonin Artaud notamment, le feuilleton La Complainte de Fantômas. En 1938, sur le ‘Poste parisien’, il crée et anime l’émission Des songes : les auditeurs sont invités à envoyer les récits de leurs rêves ; Desnos les interprète à l’antenne selon La Clef des Songes d’Artémidore et en propose une mise en forme sonore théâtralisée. Par ailleurs, il travaille pour l’agence ‘Information et publicité’ et compose pour divers produits des slogans empreints de son génie pour les jeux de mots surréalistes et oniriques. Il écrit aussi des chansons de variété, des cantates et contribue à la réalisation de plusieurs œuvres cinématographiques, tantôt côté chansons et dialogues, tantôt côté scénario.

Face à la montée du totalitarisme en Europe, l’engagement politique de Desnos ne cesse de s’intensifier. Choqué par la guerre d’Espagne,  il adhère à plusieurs mouvements antifascistes. D’abord pacifiste, Desnos finit par considérer que la guerre est le seul moyen d’enrayer la progression inexorable d’Hitler. En 1939, il est mobilisé sur le front de la “drôle de guerre”. Suite à la défaite et à la signature de l’armistice, il regagne Paris et retrouve son activité de journaliste, au sein du quotidien ‘Aujourd’hui’, très vite soumis à la censure allemande. Néanmoins, dès 1942, il rejoint le réseau AGIR et réalise également des faux papiers pour des juifs et des résistants. En février 1944, il est finalement arrêté suite à une dénonciation.

Le poète est alors emmené à la prison de Fresnes. Puis il est transféré au camp de Royallieu à Compiègne : il parvient notamment à y animer des mini-conférences sur la poésie et le rêve avec ses compagnons d’infortune. Fin avril, il est transféré au camp de concentration de Buchenwald. Sur place, pour remonter le moral de ses camarades, il s’adonne à des interprétations de rêves et à des lectures des lignes de la main. Emmené ensuite au camp de Flossenburg puis dans celui de Flöha, il continue, malgré l’extrême dureté des traitements, à écrire des poésies mais aussi des lettres passionnées à sa compagne Youki, restée à Paris. Etant donnée la progression des armées alliées, il est finalement évacué vers le camp de Theresienstadt en Tchécoslovaquie. C’est là qu’à bout de forces, atteint du typhus, il apprend la fin de la guerre et la défaite du nazisme. Il meurt le 8 juin 1945. Il est enterré au cimetière Montparnasse à Paris.

Tout au long de sa vie, Desnos aura puisé dans le rêve les ressources de sa poésie multiforme mais aussi les forces de sa résistance aux intégrismes de toute nature. Il restera comme un créateur à la fois visionnaire et ancré dans la modernité, épris de liberté et de nouveauté et en même temps soucieux de rester accessible à tous.

En cela, il peut être vu comme un authentique philosophe du rêve, dont la pensée n’est pas exprimée dans de pompeux essais métaphysiques mais dans un mode de vie fait à la fois de création et d’engagement, dans un art de vivre humaniste exprimant tous les potentiels de la psyché individuelle.

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