Emanuel Swedenborg

Figure étonnante du XVIIIème siècle européen, Emanuel Swedenborg fut à la fois un scientifique de premier ordre et un mystique qui a marqué son temps, et continue aujourd’hui de soulever bien des questions.

Né en Suède en 1688, Emanuel est le troisième enfant de Jesper Swedberg. Ce pasteur luthérien aux origines modestes frappe les esprits de Stockholm, y compris celui du roi Charles XI, par ses sermons pleins d’ardeur. Devenu par la suite professeur de théologie à l’Université d’Uppsala puis évêque de Skara, il élève ses enfants sous l’influence du piétisme, qui privilégie la communion avec Dieu et remet en cause certains dogmes chrétiens.

Au terme de brillantes études, le jeune Emanuel intègre l’Université d’Uppsala en 1704 et obtient en 1709 un doctorat de philosophie (comprenant à l’époque sciences, lettres et métaphysique). Il est aussi l’organiste occasionnel de la cathédrale d’Uppsala. De 1710 à 1715, pour parachever sa formation, il effectue un voyage en Europe (Angleterre, Pays-Bas, Allemagne et France). Durant ce périple, il compose des poésies, qu’il réunit dans un recueil à son retour en Suède.

À partir de 1715, il se consacre à l’ingénierie mécanique, à l’astronomie, aux sciences naturelles et physiques, et formalise des théories mathématiques et des théories monétaires. Il publie de nombreux traités sur ces sujets ; on trouve parmi eux les projets d’une machine volante et d’un sous-marin, qui rappellent l’esprit de Leonard de Vinci. En 1716, le roi Charles XII de Suède le nomme assesseur au Collège des Mines. La reine Ulrique l’anoblit en récompense de ses travaux. Dans les années 1730, Swedenborg s’intéresse à l’anatomie et à la physiologie. Il cherche alors à établir comment matière et esprit sont liés. En 1735, son père décède (sa mère s’est éteinte en 1720). Durant cette décennie, il formule des hypothèses qui sont vues aujourd’hui comme de géniales anticipations de découvertes futures (par exemple, l’existence du neurone).

En 1743, Swedenborg a 56 ans. Afin d’écrire un traité qui expliquerait l’esprit du point de vue anatomique, il se rend aux Pays-Bas puis à Londres. C’est un tournant décisif dans sa vie. Durant ce voyage, il est en proie à des rêves qui le troublent profondément. Il en rend compte dans un Journal de rêves, publié seulement en 1859 mais écrit entre décembre 1743 et octobre 1744. Au terme de ce journal, Swedenborg a décidé de réorienter complètement ses recherches et de les consacrer à la vie spirituelle et à la théologie, sur la base de visions de l’au-delà dont il fait désormais l’expérience.

En juin 1747, il démissionne de son poste au Collège des Mines. Fin 1748, il s’installe à Londres. De 1749 à 1756, il publie les huit volumes de ses Arcanes célestes, sans nom d’auteur, d’éditeur, ni de ville. Pour l’essentiel, ce traité se présente comme un nouveau corps de doctrines chrétiennes, fondé sur des commentaires de la Bible inspirés divinement. Selon Swendenborg, la Bible décrit une transformation de l’être humain, du matériel au spirituel, vue comme une renaissance ou une régénération.

Swendenborg revient à Stockholm en 1756. Il compose par la suite de nombreux traités théologiques. Il y explique notamment, dans une prose poétique de qualité, que le Jugement dernier s’est produit en 1757, dans le monde des esprits, et qu’il y a assisté. Le second avènement du Christ est aussi survenu, à travers l’élucidation du sens profond des Saintes Écritures que Swedenborg a consignée. Dieu lui ayant “ouvert les yeux de l’esprit”, Swedenborg peut dorénavant converser avec les anges, le Christ et Dieu lui-même, et visiter le Paradis et l’Enfer.

Ces révélations frappent l’esprit des contemporains de Swedenborg, tant et si bien qu’on prête à l’intéressé divers faits de type surnaturel. Parmi eux, le plus connu se serait produit en juillet 1759 : alors qu’il dîne chez des amis à Göteborg, Swedenborg annonce soudain aux convives qu’un important incendie vient de se déclarer à Stockholm, soit à 400 kms de là. L’information se révèlera exacte, y compris dans les détails fournis par le mystique, notamment le fait que sa propre maison a échappé aux flammes de justesse…

Victime le 24 décembre 1771 d’une attaque cérébrale, Swedenborg meurt à Londres le 29 mars 1772. Sa dépouille est transférée en Suède un siècle plus tard. Vers 1787, une Église, appelée Église de la Nouvelle Jérusalem, est créée, fondée sur les écrits spirituels du scientifique. Mais sa postérité est aussi philosophique et littéraire : Kant sera en effet partagé entre admiration et rejet ; plusieurs écrivains et poètes romantiques (parmi lesquels William Blake) trouveront inspiration dans ses visions ; et, plus tard, des personnalités comme Balzac, Strindberg, Baudelaire, Emerson, Yeats, Borges ou encore Jung feront part de leur fascination…

Située à la convergence de l’Humanisme européen et de l’esprit des Lumières, l’œuvre de Swedenborg échappe toutefois à ces seules catégories. Personnalité brillante et complète, Swedenborg a trouvé dans le rêve une porte d’accès à tout un champ de réflexion qu’il avait jusqu’alors laissé de côté, et peut-être renié : celui de la spiritualité.

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