Artémidore d’Ephèse

Artémidore d’Ephèse (souvent appelé Artémidore de Daldis pour le distinguer d’un géographe du même nom) est un auteur grec qui nous est connu essentiellement par son Onirocritique ou Clef des Songes, vraisemblablement composée au IIème siècle de notre ère. Traité d’interprétation des rêves, synthèse des savoirs antiques et des réflexions de son auteur, l’Onirocritique est un ouvrage majeur dans le domaine de l’onirologie. Du Moyen Âge à nos jours, elle est devenue une référence incontournable, aussi bien pour les dictionnaires de symboles que pour des auteurs éminents comme Sigmund Freud.

La vie d’Artémidore nous est assez mal connue et, pour l’essentiel, ce sont ses propres écrits qui nous renseignent sur son existence. Ce qui est sûr, c’est qu’il est contemporain de ce qu’on appelle l’ “Âge d’or” de l’Empire romain, et particulièrement des règnes d’Antonin le Pieux (138-161) et de Marc Aurèle (161-180).
Originaire de Daldis en Lydie (actuelle Turquie occidentale), il se dit citoyen d’Ephèse, grande cité romaine d’Asie mineure, située sur les rives de la mer Egée. Avant d’entreprendre la rédaction de son fameux ouvrage, il mène plusieurs voyages dans le monde romain, en Grèce, en Italie, à Rome. Il y rencontre et fréquente de nombreux oniromanciens, ces devins qui interprètent les songes pour prédire l’avenir. S’est-il aussi rendu à Ninive pour compulser les traités d’onirologie babyloniens et assyriens, entreposés dans la Grande Bibliothèque d’Assurbanipal ? Difficile à certifier…

Toujours est-il que la première importance de l’Onirocritique d’Artémidore est de nous donner à connaître la façon dont on envisageait les rêves dans l’Antiquité méditerranéenne. En effet, la quasi-totalité des traités composés sur ce thème entre 3000 av. J-C et 500 ap. J-C ont été perdus ou, au mieux, nous sont parvenus extrêmement mutilés. En se proposant d’être une synthèse de ces écrits et des pratiques d’interprétation du rêve en vigueur au début de notre ère, l’Onirocritique a permis à tous ces savoirs de parvenir jusqu’à nous.

Fondé sur plus de 3000 songes, ce traité est de surcroît une tentative documentée et rigoureuse de classification des rêves et des symboles oniriques. L’approche est essentiellement divinatoire, c’est-à-dire que l’analyse d’un songe doit permettre de définir quel sera l’avenir, proche ou lointain, du rêveur et éventuellement de la communauté à laquelle il appartient (famille, cité, province…). Mais Artémidore distingue les songes, à valeur prédictive, des rêves, non divinatoires, qui sont pour la plupart le simple accomplissement d’un désir du rêveur (physique ou spirituel). L’auteur y accorde peu d’importance mais y consacre tout de même une partie de son travail…

Le traité d’Artémidore devient tout au long du Moyen Âge chrétien une référence constante et bien des ouvrages sur le thème sont en réalité déclinés sur celui de l’auteur grec. Il est aussi traduit en arabe et inspire ainsi les traités d’interprétation composés par les exégètes musulmans. Au XIXème siècle, Léon d’Hervey y fait allusion dans son fameux essai Les Rêves et les moyens de les diriger.
Alors qu’il a commencé de tomber en désuétude, Sigmund Freud le réhabilite dans son Interprétation des rêves de 1899, même s’il appréhende l’œuvre dans une perspective exclusivement psychanalytique, et pas du tout divinatoire… Par la suite, les poètes (comme Robert Desnos et les surréalistes), les philosophes (comme Michel Foucault dans son Histoire de la sexualité) et les psychologues (comme Tobie Nathan dans La Nouvelle interprétation des rêves) y puiseront une partie de leurs idées et de leurs thèses, contribuant ainsi, et de façon définitive, à inscrire l’Onirocritique dans le patrimoine commun de notre réflexion sur les songes.

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