Histoire(s) du rêve

Le Rêve (par Pablo Picasso)

Le rêve n’a pas d’histoire : on peut en effet penser qu’il est resté un phénomène constant tout au long de l’histoire humaine.

Et pourtant, si on traverse les différentes conceptions que l’humanité a pu en avoir tout au long de son existence, on s’aperçoit qu’il y a une grande variété dans la façon d’envisager cette activité nocturne.

Nous vous proposons ici quelques exemples brièvement présentés.

Durant la Grèce antique, les malades incurables pouvaient se rendre dans un temple du dieu de la médecine Asclépios et y dormir la nuit au milieu de serpents inoffensifs… Au réveil, on devait raconter son rêve, et dire notamment si la statue du dieu était apparue, si son visage, ses gestes, son attitude affichaient quelque chose de particulier… Un diagnostic et un remède étaient généralement établis par les prêtres du temple.

Chez les Celtes et les Germains, le hugr était une énergie-pensée qui sous-tendait l’univers. Le sorcier pouvait la domestiquer et l’envoyer, sous la forme d’un cheval (mara) dont il devenait l’invisible cavalier, piétiner un rêveur de son choix. Il semble que le coque-mara soit une des origines du mot ‘cauchemar’ (piétinement qui explique cette sensation d’oppression à la poitrine).

Durant le Christianisme de la fin de l’Antiquité et du début du Moyen-Âge, une pratique étonnante – appelée “narcolepsie visionnaire” – avait cours parmi les chrétiens mystiques : on se rendait seul(e) dans lieu sacré (souvent le tombeau d’un saint), puis on se livrait au jeûne, à la prière ardente avec larmes, à la privation volontaire de sommeil… Du coup, le sommeil venait frapper le dévot brusquement, et c’est alors qu’un saint ou un ange venait en vision indiquer ce que le rêveur devait accomplir (bâtir un monastère par exemple…).

Durant le XIIIème siècle en Italie, les benandanti, paysans du Frioul, se consacraient en commun au rêve lucide afin de chasser les sorciers. L’Inquisition finit par mettre bon ordre dans cette pratique en réussissant même à convaincre ses adeptes qu’ils se fourvoyaient dans le mal et la magie satanique.

Luther, initiateur du protestantisme, était torturé par des rêves qui cherchaient à l’égarer. Pour lui, le rêve vient du péché : “le péché est le complice et le père de nos rêves impurs.”. L’imaginaire est assimilé à l’idolâtrie (chez Luther et Calvin).

Le rêve devint une source d’inspiration artistique durant le XIXème siècle romantique, notamment chez des auteurs comme Coleridge, Nerval, Hugo, Novalis… Les surréalistes s’en souviennent durant l’entre-deux-guerres au XXème siècle, en expérimentant même des processus de composition en sommeil hypnotique !

Bien sûr, sciences expérimentales et sciences humaines se penchent eux aussi sur la passionnante question du rêve. Nous y reviendrons dans ‘Physiologie du rêve‘ et ‘Rêve et psychanalyse‘…

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